NOTES PHILOSOPHIQUES
Nota : cette page est
continuellement en construction, le sujet étant immense ; certaine parties
sont donc largement inachevées ;
Nota aux élèves de terminales : s’il est dans vos
intentions de recopier textuellement certaines parties de ces notes pour vous
servir de dissertation, je vous prierai dans ce cas de bien avoir l’obligeance de
signaler à votre professeur l’existence de cette page afin qu’il puisse
m’attribuer à moi aussi la note que je mérite et me l’envoyer à : igorselzner@librepensees.org
PLAN
DES NOTES
LES
PRESOCRATIQUES
Leucippe et Démocrite (école atomiste)
LES GRANDES ECOLES DE L’ANTIQUITE
LE MOYEN-ÂGE
LES CARTESIENS ET LEURS SUCCESSEURS
ANNEXES
Bibliographie
(sommaire)
LES PRESOCRATIQUES
Le problème des
sources : à quelques exceptions prés (comme les textes de Platon et d’Aristote
qui nous sont parvenus dans leur quasi totalité) les œuvres des philosophes
antiques ne nous sont pas parvenus entières et souvent ne subsiste d’elles que
quelques fragments épars ; on étudie ces philosophies grâce aux textes
d’anciens historiens appelés « doxographes » (.i.e. ceux qui
transcrivent les opinions) ; outre ces doxographes (Théopohraste,
Plutarque, Diogène Laërce, etc.) nous possédons aussi des indications données
par les philosophes eux même (Platon et surtout Aristote), des biographes de
profession et des chroniqueurs (Apollodore, etc.)
Origine de la
philosophie (X°-VI° siècle) : selon la tradition le mot aurait été inventé par
Pythagore au VI° siècle av. J.C ; un jour qu’on lui demandait s’il était
un sage il aurait répondu « je ne suis pas un sage (sophos) mais un ami
(philo) de la sagesse (sophia) ; La philosophie telle que nous la
connaissons est née dans la grande Grèce, en Asie mineure, vers le VII°
siècle ; il y avait bien des sages en Egypte, Mésopotamie, Extrême Orient,
etc. mais nulle part le mot n’avait pris son sens technique, spécialisé, des
philosophes de l’antiquité classique ; on peut considérer comme date de
naissance de la philosophie la création de la première école philosophique par
Thalès de Milet (donc en Asie mineure), vers la fin du VII° siècle av. J.C.,
après une longue période de gestation. Contrairement à une idée répandue la
philosophie est donc née hors de Grèce (la philosophie ne s’installa
véritablement à Athènes que vers 450 av. J.C.)
Thalès de Milet (vers
600) : Le peu que nous connaissons de lui nous est décrit (ou plutôt conté)
par Hérodote dans ses Histoires ; Il semble que Thalès ait été
astronome (on lui prête la prévision d’une éclipse de soleil) ;
c’était sans doute, comme tous les premiers philosophes un physicien (ou
physiologue) qui se préoccupait de l’explication des choses (on lui prête à ce
sujet l’invention du théorème qui porte son nom) ; La tradition rapporte
qu’il voyait dans l’eau le principe de toute chose, la substance unique à
laquelle tout se rapportait ; Thalès est sans doute le premier à avoir
posé le problème de l’existence d’une réalité première, l’ÊTRE, problème
fondateur de la métaphysique ; C’est aussi le premier créateur d’une école
philosophique, l’école de Milet ou école Ionienne (dans l’antiquité classique
l’activité philosophique n’était en effet guère conçue comme solitaire).
Anaximandre (vers
550) : successeur ou cofondateur avec Thalès de l’école de Milet ; Pour
lui l’origine des choses n’est pas un élément concret (l’eau, le feu, etc.)
mais une substance indéterminée et sans limite qu’il nomme apéiron
(sorte de chaos primitif) ; de cette substance vont naître des mondes
innombrables, dont le notre n’est qu’un cas particulier ; les mondes se
créent par la séparation au sein de l’apéiron des contraires, suscité par un
mouvement éternel qui agite l’apéiron (i.e. il s’agit de la physique des
contraires, qui connaîtra une grande destinée) ; il donne donc une
explication de la matière par le mouvement (doctrine mécaniste) ; le
vulgarisateur des théories d’Anaximandre fut Anaximène ;
Pythagore (vers
532) : fondateur de la secte-école Pythagoricienne qui devait connaître un
grand développement ; au delà d’une doctrine purement philosophique le
pythagorisme était aussi un ordre religieux, une confrérie d’initiés (où
étaient admis les femmes et les étrangers) ; les pythagoriciens ont été
les premiers à faire de l’arithmétique et de la géométrie des sciences pures et
non de simples recettes pratiques et ont poussé assez loin l’étude des
nombres ; ils furent les premiers à mettre en correspondance d’une part
des choses et éléments sensibles, et d’autre part des rapports numériques (sans
doute est-ce ainsi qu’il faut considérer la formule pythagoricienne que tout
est nombre) ; ce faisant se dessinait avec eux la traduction mathématiques
des faits de l’univers, premier maillon d’une élaboration d’une physique
mathématiques ;
Héraclite d’Ephèse vers
(500) :
continuateur de l’école Milésienne et auteur du premier ouvrage purement
philosophique d’occident : De l’univers ; à la base de son
système se trouve l’idée selon laquelle l’origine de toute choses est un
principe d’opposition qu’il nomme Polemos, conflit, et qui explique
selon lui la naissance et la conservation des êtres ; ce conflit n’est pas
destructeur mais au contraire harmonie, mais harmonie agissante (.i.e.
mobilisme héraclitéen) ; ainsi la totalité du réel est à la fois unité (le
feu toujours vivant) et multiplicité (infinité de ses déterminations
particulières qui changent à chaque instant) ;
Parménide (vers 500) : fondateur de l’école
éléate ; il est le premier (après Xénophane, premier partisan de l’Un
selon Aristote) à avoir posé le problème ontologique dans son fameux
poème, aujourd’hui perdu mais dont il nous reste quelques fragments importants
; il propose pour accéder à la vérité de ne pas suivre la voie des hommes,
c’est à dire des sens, mais pour cela de regarder le monde avec notre
esprit ; or le réel sensible est changeant, contradictoire, et ne peut
être pensé logiquement car changer revient à se nier pour devenir autre
chose ; Pour Parménide la seule réalité qui puisse être pensée est l’Etre,
et la seule chose que l’on puisse dire de lui est « Il est » ou qu’il
est impossible pour lui de ne pas être ; on peut apercevoir à travers les
fragments du poème plusieurs affirmations qui sont à la base de
l’ontologie :
-
le
but de la recherche philosophique est l’ÊTRE
-
l’ÊTRE
possède une nécessité logique ; le fait qu’il ne puisse pas ne pas être
lui confère l’intelligibilité
-
en
effet il ne peut y avoir de pensée que du nécessaire
-
il
y a donc identité entre l’être et la pensée de l’être (.i.e. position
idéaliste)
-
tout
ce qui ne peut être pensé n’est pas, et le non être ne peut être l’objet de
pensée
D’après ce qui précède l’ÊTRE ne peut être pensé que
incréé, indestructible, continu, immobile et fini ; le monde des
sensations, changeant, n’est qu’illusion ;
Parménide peut être
considéré comme le fondateur de la métaphysique, science de l’ÊTRE nécessaire,
par opposition à la science expérimentale et à la connaissance
perceptive ;
Les successeurs de Parménide à l’école éléate, en
particulier Zénon d’Elée, tachèrent de montrer que les théories sur le
changeant et le multiple mènent toutes à des à des contradictions ; Zénon
nous a laissé de nombreuses (et célèbres) apories (.i.e. difficultés)
concernant ces théories ; quoi qu’on pense de ces arguments (Aristote a
montré qu’il s’agissaient de paralogismes, faux raisonnements) ils ont le
mérite de montrer la difficulté pour l’esprit humain de penser le mouvement, la
continuité et la division à l’infini (cf. les difficultés que ces notions
ont posées aux mathématiciens de l’époque moderne) ;
Anaxagore de
Clazomènes (vers 450) : il a tenté de concilier l’attitude cosmologique
Ionienne et l’Eléatisme, c’est à dire d’expliquer le changement tout en
conservant l’idée de réalité une et éternelle :
-
Il
existe une matière infinie composée de parties identiques porteuses de qualités
sensibles (chaud, froid, noir, blanc, etc.) appelées homéomères
-
La
séparation de ces homéomères et leur réunion selon des proportions définies
donnent les semences (spermata) des choses, qui sont des parcelles des objets
que nous connaissons (bois, chair, etc.)
-
Il
n’y a ainsi ni génération ni destruction des choses, mais simplement
réarrangements des homéomères préexistants aux objets particuliers (i.e. tout
est dans tout)
-
Toute
choses étant un mélange convenable d’homéomères, cela suppose que la soupe
primitive soit mue par une force motrice qu’Anaxagore appelle le Noûs,
l’esprit ; la matière, ordonnée par l’intelligence est donc intelligible.
Leucippe et Démocrite : Leucippe est l’initiateur
de la théorie atomiste et Démocrite est son continuateur ; il répond aux
arguments de Zénon contre la division à l’infini en affirmant qu’il faut
s’arrêter dans la division de la matière et postuler l’existence de particule
insécables, ayant une étendue et donc pensable, mais non divisibles eux
mêmes ; chaque atome est alors un être parménidien, éternel et immobile
par rapport à lui même, mais mobile par rapport aux autres atomes, dans le vide
infini ; l’introduction du vide est une nouveauté intellectuelle ; on
peut tenter de résumer leur cosmologie :
1- à l’origine de toute
choses il y a le vide et les atomes ; les atomes ont deux propriétés, la
grandeur et la forme
2- les atomes sont soumis
dans le vide à un mouvement perpétuel, spontané et aléatoire ; de ce
brassage résulte la réunion des atomes
3- les atomes n’ont pas de
pesanteur mais sont répartis en fonction de leurs grandeurs
4- le vide et les atomes
existent par nature, mais leur rapport et leur union confère aux objets des
qualités sensibles, perçus par les sens sous forme d’images (simulacres)
5- le matérialisme atomiste
s’applique à toutes choses, susceptibles de se faire ou se défaire et soumises
à la nécessité universelle
L’atomisme est donc une vision mécaniste et
matérialiste de la réalité ;
Qui est Socrate: Socrate a vécu au V° siècle
entre 470 et 399 environ ; Bien qu’il n’ait rien écrit son influence fut
immense, et le problème est de savoir qui est le véritable Socrate historique,
car les témoignages sont multiples et parfois discordants :
-
Xénophon,
dans les mémorables, écrits 30 ans après la mort du maître, décrit un
Socrate sans grande envergure philosophique, tenant un discours moral
traditionnel ; il est peu probable que ce témoignage soit digne de foi, et
jamais les athéniens n’auraient condamnés à mort le Socrate de Xénophon ;
-
Platon,
dans ses dialogues fait parler Socrate et donne de lui un portrait idéalisé,
une fiction littéraire ; on ne sait guère quelle proportion existe entre
la réalité et la fiction dans le Socrate platonicien ;
-
Aristophane,
poète satirique, a caricaturé Socrate dans les nuées ; il y dépeint
un Socrate sophiste ; ce témoignage n’est pas à rejeter en bloc, car si un
satiriste s’adressant à un public populaire a choisi Socrate comme modèle des
disputeurs, c’est que le personnage était déjà de son vivant de forte
renommée ;
-
Aristote,
méthodique et critique, apporte un témoignage très intéressant, dans la mesure
où, écrivant une cinquantaine d’années après la mort du maître, il n’avait sans
doute besoin ni d’attaquer, ni d’idéaliser la personnalité de Socrate, et qu’il
a bien connu ses disciples directs ;
Enseignement de Socrate : Il commença vers 425 ;
sa méthode consistait à partir des thèses de l’adversaire, à développer avec
lui les conséquences de celles ci, et à lui faire énoncer des absurdités
manifestes (apories), devant l’auditoire ; ils cherchaient alors ensembles
à les surmonter ; on peut énoncer les principaux thèmes de la pensée
Socratique :
-
Le
problème philosophique principal est la destinée de l’homme, qui cherche son
salut et ne le trouve pas, étant ignorant du bien (nul n’est méchant
volontairement)
-
La
tâche du philosophe est de conduire l’ignorant à la sagesse (la vertu étant une
science) en pratiquant la maïeutique (accouchement de l’esprit)
-
Le
rôle du maître n’est qu’une occasion, car c’est au fond de lui que l’homme
trouvera la vérité et l’art de vivre selon la vertu (connais toi toi-même)
Les Idées : Si le langage ou la pensée
humaine n’est pas la mesure de toute choses, il faut donc chercher en dehors de
nous une réalité susceptible d’échapper au caractère arbitraire et changeant
de l’opinion, et de découvrir ainsi le réel au sein des choses mêmes, par delà
les apparences propres aux termes du langage ; l’existence de mots
multiples implique la présence d’êtres multiples, puisque toute copie a un
modèle ; chaque être pris séparément est ce qu’il est, c’est à dire Même
et non pas Autre ; penser cet être c’est le considérer en-soi ;
l’Idée, ou Forme, c’est précisément la chose qui est, la chose en-soi ; en
atteignant les Idées, nous découvrons par quelle voie l’esprit, refusant de se
laisser séduire par la multiplicité des apparences toujours différentes de
l’Être, atteint l’essence des choses, et constitue ainsi une science doublement
valable : comme connaissance du monde intelligible et comme savoir
pratique destiné à le guider au sein du monde sensible ;
Il ne faut toutefois pas se laisser abuser par le
terme en-soi. On peut dire que les objets se définissent par rapport aux autres
objets, le Même ne se présentant pas comme en-soi, mais comme délimité et
circonscrit par un contour que dessine le dehors comme ce qui contraint l’objet
à s’enfermer en soi même, et non seulement comme un fond sur lequel il se
détacherait ; l’Idée n’est donc pas le point de départ direct de la
réflexion platonicienne ; les premiers dialogues platoniciens ne
rencontrent d’ailleurs jamais l’Idée, mais finissent sur des apories, ou
difficultés, d’où le terme d’aporétique qu’on leur applique ;
Il nous faut donc découvrir un moyen de trier les
apparences pour aboutir à l’essence ; on doit d’abord rejeter les images
qui seraient les moins conformes au réel ; on rejette encore celle qui
s’opposent et donc se contredisent ; il est aussi vrai que l’image ne se
confond pas avec son objet, les données sensibles étant dispersées et multiples
et ne constituant pas en elles mêmes un être ; seule la pensée a le
pouvoir de donner un sens à ces sensations dispersées ; il s’ensuit que
l’objet connu ne peut pas être senti, et donc que sa nature n’est pas
sensible ; la seule réalité ne peut être que d’ordre intellectuel et ne
peut se prétendre empirique ;
Pourtant, à coté de ces réalités permanentes et
identiques des essences, Platon n’a pas renoncé à accorder au mouvement l’être
qu’il a accordé au repos, et à conférer l’existence aux opinions et aux
images ; le mouvement est, mais son être est Autre ; l’Être est, mais
le non-être est autre et n’est plus pur non être ; l’effort du platonisme
consiste à rendre raison, par la découverte des essences intelligibles, de la
réalité sensible, c’est à dire découvrir ce qui est en repos dans le mouvement,
un dans le multiple, Même dans l’Autre, intelligible dans le sensible ;
Pour cela Platon a mis en œuvre deux
méthodes qui se rejoignent : la première s’efforce de découvrir l’unité au
sein de la multiplicité, l’autre divise le genre en espèces et va jusqu’aux
plus lointaines extrémités ;
La dialectique : l’Être ne peut être saisi
au niveau des apparences, mais réclame que l’apparence soit dépassée ; la
méthode philosophique, que Platon appelle dialectique (ce mot aura de nombreux
autres sens après lui), suppose un détour et le détachement de l’âme du philosophe
du donné sensible ; seule l’intelligence en effet peut atteindre à la
vérité ;
par exemple Platon explique en quoi le cercle réel
est différent de ce que la nature
pourrait nous porter à croire : en premier lieu vient le nom
« cercle » ; en second lieu vient se définition : ensemble
des points équidistants du centre ; en troisième lieu viennent les cercles
sensibles, ceux que l’on trace ; ces trois degrés de réalité ne sont pas
le cercle en-soi, objet de science ; il existe en revanche un quatrième
degré de réalité représenté par la science, l’opinion vraie sur le cercle, et
qui ne possède pas de mode sensible d’existence, mais qui réside au contraire
dans l’âme, et qui atteint à l’essence du cercle ;
or ce n’est qu’à force de manier les premiers degrés
de réalité que le dialecticien parvient enfin aux essences ; le principe
sur lequel repose la dialectique est l’analogie, ce qui s’énonce : a est à
b ce que c est à d (a/b = c/d) ; on calcule ainsi une quatrième
proportionnelle ; en ayant pris conscience de l’analogie qui étend à travers le monde sensible et le monde
intelligible son réseau de proportions, nous pouvons nous élever vers les
Idées, les essences même des choses ;
Le monde sensible est composé d’images, c’est à dire
les ombres que produisent les êtres sensibles ; ces ombres sont dues à des
objets : les hommes, les êtres vivants, les choses, naturelles ou
fabriquées ; or il est évident que ces deux sections du monde sensible
entretiennent un rapport comparable à celui qui existe entre l’opinion et la
connaissance, et que si les images relèvent de la tromperie, les objets ne
peuvent que représenter l’élément vrai ;
Il convient de découper de la même façon le monde intelligible ; dans la section des intelligibles d’en bas, l’esprit part d’hypothèses en se servant comme d’images des êtres mêmes qui sont les modèles des ombres de la section inférieure (e.g. les géomètres qui raisonnent sur des figures) ; ainsi les intelligibles d’en bas sont les modèles direct dont les sensibles d’en haut sont les copies ; ce sont là toutefois des êtres intermédiaires, dont nous trouvons le modèle dans les mathématiques ; pour Platon ils ont le tord de se servir d’objets réels comme images, et de ne pas rattacher leurs découvertes au terme qui les suit dans l’échelle de l’intelligibilité ;
voilà pourquoi Platon postule l’existence d’intelligibles d’en haut, auxquels le dialecticien aurait accès non par une marche ascendante, mais au contraire par une descente qui passerait par le principe même, l’Être par excellence ; an-hypothétique, au delà de la réalité, il donne leur sens aux êtres intelligibles qu’il éclaire d’un jour nouveau ; on atteint ainsi au faîte de la pensée, là où égalité, ordre et justice s’introduisent au sein de la multiplicité sans limite ; l’achèvement de la dialectique se trouve être la contemplation du Souverain Bien, de l’Être ;
|
Monde sensible A |
Monde intelligible B |
||
|
a |
b |
c |
d |
|
images |
objets |
Intelligibles d’en bas |
Intelligibles d’en haut |
|
opinion |
foi |
Connaissance discursive |
science |
L’âme : si l’âme parvient ainsi aux
idées, c’est qu’elle les a déjà connues, elle se ressouvient en découvrant, il
s’agit là de la réminiscence ; la dialectique est donc aussi une
redécouverte de notre véritable nature d’une âme exilée en ce monde, et qui
jadis contemplait sans intermédiaire le Souverain Bien lui même ; avec le
mythe de la caverne, Platon entend montrer que toute âme a le pouvoir de
s’élever vers le Bien, la connaissance étant pour lui une entreprise
morale ; prônant ainsi la doctrine de la réincarnation, Platon démontre
que l’Être ne peut être tenu pour responsable de tout ce qui arrive dans le
monde : chacun de nous est cause de son destin (mythe d’Er)
L’âme a trois facultés : à coté de l’intellect,
élément divin et éminemment raisonnable, on trouve aussi la colère et les
passions, qui peuvent prendre le contrôle de l’âme entière si elle n’y prend
garde ; à ces trois facultés correspondent trois vertus, la sagesse (qualité
et vertu de tout gouvernement raisonnable), le courage (vertu guerrière faite
d’obéissance au chef et de colère contre l’ennemi) et la tempérance (qui
constitue un frein contre l’emportement des passions) ;
Pourtant la plus grande vertu de l’âme n’est aucune
de ces trois vertus particulières, il s’agit de la justice, qui est intérieure,
car ce n’est pas une action qui est juste, c’est l’homme lui même qui peut être
juste ; le justice est une harmonie des trois vertus de l’âme, et
l’injustice est une discorde, sous les trois formes de l’intempérance, de la
lâcheté et de l’ignorance ;
Politique : la cité des hommes, si elle
est parfaite, reproduit la justice régnant dans l’âme d’un homme juste ;
harmonique, chacun y occupe sa juste fonction : les gouvernants sont
guidés par la sagesse, les guerriers sont animés d’une seule vertu, le courage,
tandis que la troisième fonction regroupe les natures esclaves, qui doivent
être contraintes à une sorte de tempérance qui ne leur est pas naturelle ;
la seule constitution juste est donc l’aristocratie (Platon n’est cependant pas
dupe de la corruption des régimes de son temps, et décrit, dans la république,
la manière dont se corrompent les cités où ne règne pas la justice) ;
Introduction : La philosophie
platonicienne était un idéalisme et les seuls êtres réels étaient les
essences ; leur connaissance était une entreprise morale ; A
l’inverse de Platon, Aristote, son disciple le plus doué s’élève contre ce
présupposé qui fait considérer les choses sensibles comme trompeuses, voire
fausses ; Aristote opère ainsi un retour décisif au réel sensible ;
le seul terme réel n’est pas l’essence mais l’individu, et Aristote cherche
donc en conséquence ce qui dans l’individu peut faire l’objet d’une
connaissance scientifique ;
La substance : pour Aristote l’erreurs des
platoniciens est d’avoir séparé l’Idée ou essence de sa manifestation
sensible ; la chose en-soi, ou substance, ne fait qu’un avec son essence,
forme, ou quiddité ; la substance ne se résume pas à la seule
matière ; des briques en tas sont matérielles, et pourtant on n’y habite
pas ; pour construire une maison par exemple, ces briques doivent être
ordonnées selon un certain plan ; à la cause matérielle s’ajoute donc une
cause formelle ; la substance exige donc l’union intime de la matière et
de la forme, l’un n’existant pas sans l’autre, mais ne se résume pas qu’à ces
deux causes ; à ces deux causes s’ajoute la cause efficiente qui est
l’agent transmettant à l’élément passif la forme qui y est virtuellement
contenue ; Aristote postule également l’existence d’une cause finale, la
fin étant la forme non présentement acquise et à laquelle aspire la
matière ; la science de la substance est donc la science des quatre
causes :
-1ère cause : formelle : ce que
la matière devient dans le changement
-2ème cause : matérielle :
élément indispensable et nécessaire
-3ème cause : efficiente
-4ème cause : finale
Ce n’est pourtant pas la même science qui traite à la fois de la cause formelle et de la cause matérielle, une des intuitions les plus profondes d’Aristote étant la pluralité des sciences ; on distingue:
-celles qui étudient les objets immobiles, séparés
et éternels (théologie)
-celles qui étudient des objets alliant matière et forme,
sans tenir compte de la matière (mathématiques)
-celles qui étudient les objets matériels en
mouvement (physique)
Les catégories : si nous considérons un
individu concret (e.g. Socrate, un arbre…) on voit qu’il est le support
d’attributs divers, qui sont autant de déterminations que peut recevoir un
individu, et que l’on peut ranger en dix catégories fondamentales :
- substance (homme, cheval, planète, etc.)
- quantité (taille en coudées, poids, etc.)
- qualité (blanc, noir, état de grammairien ou d’artisan, etc.)
-
relation
(double, moitié, plus grand que, etc.)
-
lieu
-
temps
-
position
(assis, debout, etc.)
-
possession
(chaussé, botté, etc.)
-
action
(il coupe, il court, etc.)
-
passion
(il est blessé, il est suspendu, etc.)
Une catégorie exprime un genre, qui n’est pas
dans le sujet mais s’y rapporte ; elle représente l’élément commun dans
les choses qui participent à chacune d’elle ; si nous considérons
l’individu et ses attributs dans le point de vue du sujet, ses attributs sont
placés dans la compréhension du sujet ; e.g. dans la proposition
« Socrate est blanc » il faut entendre que l’individu Socrate est
bien plus réel du point de vue de la sensation que la catégorie abstraite qui
n’existe qu’à travers lui ; si je saisis maintenant l’individu Socrate par
l’intellect, et donc en tant qu’objet de science, il faut raisonner sur des
termes généraux, et en partant de la substance première (Socrate) aboutir à la
substance seconde qui le comprend (homme, animal, etc.) et qui en représente l’espèce ;
l’individu n’est plus alors ce qui comprend l’attribut, mais ce qui est compris
dans l’extension d’un terme plus universel ;
La connaissance scientifique : la connaissance ne procède
ni d’un sensualisme pur, en considérant uniquement l’aspect matériel de la réalité,
ni d’une conquête pure de la raison qui consisterait en la contemplation pure
des universaux, c’est à dire en une connaissance purement formelle ; pour
Aristote en effet le réel n’est ni la matière ni la forme (ou idée), mais un
composé des deux ;
Théorie du syllogisme : le lien entre les deux
termes (élément formel-universel et la matière-sujet) nous est donné par
l’introduction du moyen terme, c’est à dire par la théorie du syllogisme ;
soit le syllogisme célèbre suivant :
Majeure : tous les animaux sont mortels
Mineure : or, tous les hommes sont des animaux
Conclusion : donc, tous les hommes sont mortels
Le terme commun à la majeure et à la mineure qui
disparaît dans la conclusion est le moyen-terme ; ce terme met en
relation le terme de plus grande extension, ou majeur (mortels), et le
terme de plus petite extension, ou mineur (homme) ; or le rôle de
la raison est de réaliser la mise en relation entre la substance seconde
(animal) qui est la vérité selon l’intellect de la substance première (homme),
relation dévoilée dans le syllogisme ; on dévoile ainsi l’essence en ce
qu’elle est comme sortie du sujet et exprimant une plus grande réalité et une
plus grande substantialité encore ;
Première figure du syllogisme : L’essence est donc prise à la
fois comme attribut (dans la mineure) et comme sujet (dans la majeure) ;
le syllogisme sera valable si le majeur contient le moyen-terme
dans son extension et si le moyen-terme renferme dans son extension le mineur ;
ce cas de figure donne un syllogisme parfait où l’universel explique le
particulier ;
Deuxième figure du syllogisme : lorsque l’essence
appréhendée par la raison a plus d’extension que les deux autres termes, et
qu’alors le moyen terme est deux fois attribut, dans les deux propositions, le
syllogisme sera concluant que pour deux prémisses négatives (on ne peut alors
conclure affirmativement) :
Nul A n’est M
Or tout B est M
Donc nul A n’est B
Troisième figure du syllogisme : lorsque le moyen-terme a la
plus petite extension, il est à la fois dans l’extension du mineur comme du
majeur ; ce syllogisme peut seulement montrer qu’une partie du mineur se
trouve dans l’extension du majeur :
Tout M est A
Tout M est B
Quelque B sont A
Après ces trois figures fondamentales Aristote
distingue, outre les propositions affirmatives/négatives, les propositions
universelles/particulières :
A : universelle affirmatives
E : universelle négatives
I :
particulière affirmative
O : particulière négative
Les analytiques développent aussi la possibilité des
converses, ou art de permuter le sujet et le prédicat (e.g. tout les A
sont B devient quelque B sont A) ;
L’établissement des principes : pour Aristote nous ne
pouvons connaître le général que par induction, c’est à dire que d’un ensemble
de faits particuliers, on en déduit une proposition générale ; l’intuition
a dans ce cas un grand rôle à jouer ; d’autre part l’induction ne peut se
pratiquer en dehors de la perception sensible (i.e. il n’y a rien dans
l’entendement qui n’ait d’abord été dans les sens) ;
La connaissance procède par concepts qui sont autant
de termes généraux (ou universaux) qui englobe dans leur extension les
individus que seule la sensation révèle plus réel ;
La science physique : il n’y a de science que de
l’universel, et l’on ne saurait connaître l’accident, c’est à dire ce qui dans
un sujet ne fait pas partie de son essence, et qui de ce fait ne se rencontre
en lui ni nécessairement, ni même le plus souvent ; mais on peut
construire une science-physique, dont l’objet est l’être qui contient dans sa
substance le principe du mouvement, c’est à dire la matière ;
Contrairement aux mathématiques ou à la
métaphysique, dont les objets sont les formes, séparés par l’abstraction de la
matière, et qui de ce fait n’étudient les objets qu’en tant qu’ils sont
mesurables, pour la science physique, dont les objets sont soumis au
changements, le recours aux sens est indispensable ; la science physique
doit donc, à partir des éléments constatés par le moyen des sens, abstraire des
principes généraux du mouvement ;
La science ainsi conçue est plus une science du
possible, et elle s’occupe de conjecturer sur le pourquoi des choses, qu’une
science de l’universel ; dans la matière les différentes formes possibles
mais non réalisées sont dites en puissance ; celle qui est
présentement est dite en acte ; ainsi pour qu’un corps blanc en
acte devienne noir, il faut que celui-ci contienne la noirceur en
puissance ;
Le changement revêt quatre sortes possibles :
il peut être génération et corruption d’une substance (lorsque la forme change
mais que la matière reste la même) ; il peut être aussi augmentation ou
diminution (e.g. lorsque des êtres organisés changent en quantité) ; il peut
être altération lorsque la qualité change (e.g. lorsqu’un corps noir devient
blanc) ; il peut encore être une translation (i.e. déplacement dans
l’espace) ;
A quoi est dû le mouvement ? Aristote pense que
le mouvement dans le monde supra-lunaire (i.e. tout ce qui hors du monde
terrestre où nous évoluons) est circulaire et éternel, sans commencement ni
fin ; il convient donc de lui assigner un principe éternel, car le
mouvement circulaire suppose un changement initial ; le temps lui même,
nombre du mouvement suppose le mouvement, et pas plus que lui il ne peut avoir
eu de commencement ; Aristote appelle ce principe éternel Premier Moteur
Immobile, et le confond avec Dieu, et son étude relève donc de la
théologie ;
Le monde étudié par le physicien est donc
essentiellement le monde sublunaire (i.e. la terre où nous vivons) ; dans
celui-ci les quatre éléments feu, air, eau et terre, tantôt humides, tantôt
secs, chauds ou froids, composent les êtres inanimés ; les êtres vivants
ont de plus la particularité de pouvoir se nourrir, croître et décroître d’eux
mêmes, ayant pour cause efficiente de leur mouvement leur âme ;
L’éthique : Aristote prend en
considération la fin visée par l’auteur de l’action, et non simplement ses
causes ; l’éthique aristotélicienne propose une théorie du bonheur humain, où dans la conduite de la vie les
plaisirs et les peines sont conformes au bien et au mal ; l’aristotélisme
porte donc l’accent non pas tant sur la nature du Bien qu’il suffirait de
connaître pour être vertueux, comme le voulait le platonisme, mais sur les
caractères mêmes de l’action, sur ce qui constitue plaisir et bonheur dans la
réalisation de l’acte ;
L’analyse aristotélicienne entend rendre compte de
la relation que l’activité instaure entre l’agent de l’action et son objet ;
l’être humain, comme tous les êtres, jouit de facultés qui ne demande que la
rencontre d’un objet sur lequel exercer leur activité ; on voit même tous
les êtres considérer comme un bien l’objet de leur activité essentielle, et le
plaisir qui se rattache non à l’objet mais à l’activité qui s’exerce sur
lui ; ainsi le plaisir découle de la réalisation de ses facultés comme une
sorte de fin surajoutée ;
Toutefois le vrai bonheur ne réside pas dans
l’assouvissement du désir et par la réalisation de ses facultés (e.g. personne
ne poursuivrait comme un bien un plaisir déshonorant, ou choisirait de rester
en enfance pour garder ses plaisirs d’enfants) ; bien que le plaisir et la
peine puissent nous porter aux bonnes actions ou nous détourner d’actions honteuses,
ils ne peuvent suffire à fonder un
critère de la vertu ;
S’il est un Souverain Bien, il doit tenir davantage
de la nature de l’homme qui tend intuitivement vers son propre bonheur, que de
la seule rencontre entre des facultés et leur objet de prédilection ; le
bonheur ne peut pas en effet être le seul effet d’une cause contingente, mais
se révèle plus profond, plus intime, attaché à la joie que nous procure la
réalisation d’un talent, d’une qualité ou d’une vertu qui nous soit propre ;
ainsi le bonheur humain se trouve dans l’accomplissement de l’entière
possibilité humaine ;
Si la vertu est en nous, elle ne tient ni à la
capacité d’éprouver tel ou tel état (ce qui la réduirait au sentiment), ni non
plus à nos diverses facultés qui sont en nous par nature (en effet la nature
n’est ni bonne ni mauvaise) ; c’est par une disposition naturelle,
l’habitude, par le moyen d’une élaboration constante qui met en jeu notre
volonté, que prend naissance la disposition vertueuse ; ainsi la vertu est
notre possession, et sa pérennité suppose qu’elle est dans nos mœurs et
habituelle ;
Toutefois une habitude peut être en soi bonne ou
mauvaise, et la vertu se définit aussi par la façon dont elle dispose l’agent à
bien accomplir son œuvre propre ; or ce qui est bon, dans les choses comme
dans l’action, constitue un juste milieu, non seulement moyen terme entre deux
vices, mais aussi plus que cela, culminant très au dessus des vices
antagonistes dont il se détache ; la vertu ne doit pas être confondue avec
un médiocre car elle occupe un sommet du point de vue du Bien ; le Bien
d’Aristote est ainsi un Bien relatif à la nature des êtres et donc pas le même
pour chacun (contrairement au Bien de Platon qui culminait au sommet du monde
des Idées) ;
LE STOÏCISME –
L’ECOLE DU PORTIQUE
Introduction : l’école du portique (du
grec stoa) a eu une longue carrière dans l’antiquité, et a connu au
moins trois grandes périodes (l’ancien stoïcisme, le moyen stoïcisme et le
stoïcisme romain) ; comme les épicuriens les stoïciens enseignent qu’il
n’y a pas d’autre réalité que matérielle et que la sagesse est seule propre à
procurer l’ataraxie, souverain bien ;
Logique : les stoïciens voient dans
les sens, à l’instar d’Aristote, l’origine de toute connaissance ; les
sens nous livrent des perceptions du monde d’où le concept peut sortir ;
un objet senti doit être assenti, c’est à
dire qu’une représentation est suivie d’un jugement qui reconnaît
qu’elle procède d’une chose qui existe, qui lui est conforme grâce à une
certaine exactitude propre à ce genre de représentation ; l’assentiment à
une représentation donne une compréhension de la chose ;
L’assentiment résulte de la coïncidence de la pensée
avec l’ordre du monde, la raison humaine étant en harmonie avec la raison du
monde ; ainsi la connaissance est elle connaissance de la nécessité
universelle ;
Physique : toute substance est
matérielle, et tout ce qui existe ne peut avoir lieu que si l’agent et le
patient sont de nature corporelle ; la divinité se confond alors avec le
monde, et le monde par là est divin, et son étude relève de la théologie ;
le monde est donc logiquement ordonné par l’esprit de Dieu, et tout ce qui
arrive est soumis à la nécessité et parfait ; si le monde doit périr il
doit de même recommencer tel qu’il était, c’est à dire en un éternel retour, le
temps étant l’image de l’éternité ;
Les stoïciens rattachent l’Un au Multiple, les êtres
ne pouvant exister que par l’Être, d’où l’union nécessaire (destin) de la chose
qui est (homme, objet, etc.) et l’univers
divinité qui est chose ;
Ethique : il découle de la physique
stoïcienne que la connaissance revêt un caractère moral ; connaître
l’univers c’est rentrer en communion avec le sacré, le divin qui se livre devant nous ; la vie morale se définit
par la conscience et la mise en pratique de l’harmonie de l’homme et du
monde d’où découle le bonheur du sage ;
Introduction : Fondée par Epicure
(342-270), l’école du jardin fut presque dés sa création l’objet de calomnies
injustifiées, et reprise par des personnes voulant justifier leur
débauche ; Pourtant Epicure fut célébré dans sa patrie et sa philosophie,
comprenant une logique, une physique et une éthique, est digne d’éloges ;
l’idéal d’Epicure était d’atteindre l’absence de trouble, ou ataraxie, et pour
cela débarrasser les hommes de toutes leur craintes, et notamment des
superstition religieuses ; pour Epicure la science est le meilleur moyen
d’atteindre l’ataraxie, car à même de réfuter toutes les superstitions ;
les critères de vérité sont d’ordre sensibles ;
Physique : il n’y a dans l’univers que
deux choses : les atomes et le vide ; le vide est nécessaire au
mouvement, les atomes, partie matérielle du monde, sont dotés de pesanteur,
d’une forme et d’une grandeur ; les corps composés d’atomes sont sujets au
changement, alors que les atomes sont fixes et immuables ;
Ainsi l’âme humaine est matérielle et donc
périssable, bien que formée d’éléments plus subtils ; les sensations sont
dues à des simulacres, particules émises par les objets ; de la
même façons existe une déclinaison (clinamen) aléatoire des atomes, qui laisse
un certain arbitraire à l’univers physique, et constituant le champs d’exercice
de la liberté humaine ;
Il faut noter toutefois que la science épicurienne
n’a pas la cohérence pour souci premier : elle propose d’abord des
explications des phénomènes physiques afin d’éloigner les troubles dus aux
croyances erronées ;
Ethique : l’idéal de la sagesse
épicurienne est l’absence de trouble, ou ataraxie ; or en quoi
consisterait le vrai Bien, que serait le bonheur, si on y enlevait les plaisirs
de la vie ? Pour Epicure il n’y a d’autre bien que le plaisir des sens,
tout ce que l’on n’y rajoute étant des formules verbeuses ;
Epicure fixe une hiérarchie des plaisirs, puisque le
plaisir que le sage épicurien recherche consiste en l’absence de souffrances
physiques et de troubles de l’âme ; il serait vain en effet de poursuivre
sans repos des plaisirs frivoles, le souverain Bien supposant l’immobilité et
le repos de l’âme ; d’où la distinction de trois sortes de plaisirs :
-
désirs
naturels et nécessaires
-
désirs
naturels mais superflus (e.g. ne vouloir se nourrir que de mets délicats et
raffinés)
-
désirs
non naturels et non nécessaires (e.g. acquérir une grande fortune)
Si tous plaisir est un bien, il est faux qu’il
faille rechercher tous les plaisirs, seuls les plaisirs naturels et nécessaires
étant à rechercher ; ainsi l’idéal du sage épicurien réside il dans une
vie simple, peu coûteuse, sans débauche, en se satisfaisant à soi même, et en
gardant à l’esprit les maximes du maître :
-
la
divinité n’est pas redoutable
-
la
mort n’intéresse pas les sens
-
le
bien est d’accès facile
-
la
souffrance toujours supportable (si elle surpasse nos capacités nous décédons
en effet)
Cette « école » a été fondée par Pyrrhon,
contemporain de Zénon (Stoïcisme) et d’Epicure ; c’est lui le premier qui
formula la règle de suspension de son jugement : je ne définis rien, il
n’y a rien de compréhensible, ni oui ni non, l’apparence est maîtresse de toute
chose ; le bonheur, fin de l’action humaine suppose l’aphasie (ne
rien dire) et l’ataraxie, ainsi que le respect des lois et des
coutumes ; et seul le doute permet cela, par la suspension du
jugement et l’impassibilité ;
Mais c’est avec Arcécilas et Carnéade que la
scepticisme atteint son plus haut niveau ; ils réfutaient les thèses
stoïciennes et épicuriennes en prétendant qu’il n’existait pas de critères
valides de vérité et que l’on ne peut savoir si une représentation est fausse
ou compréhensive (comme dans les illusions, les rêves, les délires…) ; on
leur doit notamment l’introduction de quelques apories célèbres ; pour eux la
morale exigeait certes un critère ; ce critère est la raisonnable qui
marque les bornes de la conduite juste, et qui permet d’accéder ainsi au
bonheur ;
Introduction : La philosophie du moyen-âge
s’étend sur plus de neuf siècles ; l’évolution lente mais réelles des doctrines
donne l’impression au non spécialiste que cette époque est dominée par un
fourmillement de doctrines et controverses ; il est à noter que
l’avènement du christianisme a mis fin à la totale liberté de pensée que
connaissait l’antiquité classique ; il est hors de question pour un
philosophe du moyen-âge de mettre en doute les vérités révélées admises par
l’Eglise. Certains noms se détachent particulièrement de cette période :
Saint Augustin, Abélard, Duns Scot, Saint Thomas d’Aquin ; la philosophie du
XIII° siècle a été un adaptation de l’aristotélisme au christianisme ;
celle-ci, dénommée scolastique a été fortement critiquée par les
modernes qui voit en elle le prototype de l’anti-science ;
LES CARTESIENS ET LEURS SUCCESSEURS
Méthode : Le cartésianisme peut être
vu comme une révolte contre la philosophie dogmatique du moyen-âge ; Le
but de Descartes n’a pas été de faire de la philosophie, mais de la
science ; ses œuvres philosophiques ont pour but de connaître et
comprendre le monde et l’homme, et pour cela de justifier la science, contre
les sceptiques ; il cherche pour cela un fondement inébranlable, une
certitude que ne pourra ébranler « aucune des plus extravagantes
suppositions des sceptiques » ; Descartes, contrairement aux
philosophes antiques qui cherchaient à dépasser le donné, donc de passer de la
physique à la métaphysique, commence donc par une recherche métaphysique ;
Le Doute : Puisque toute pensée est
entachée d’erreurs il est nécessaire de tout remettre en doute afin de parvenir
à une vérité indubitable qui sera le fondement de toute vérité ; Descartes
met donc en doute tous les principes de connaissances, sensibles (cela va de
soi), mais aussi intelligible (e.g. les vérités mathématiques) ; il aboutit
ainsi au doute hyperbolique ;
Le Cogito : Descartes trouve au terme
du doute une vérité indubitable : je ne puis douter si je n’existe pas, il
est donc indubitable que je pense donc je suis (Cogito ergo sum) ;
Ce cogito a un double caractère, d’une part il s’agit
d’une expérience intime qui me montre que la pensée est ma pensée, et d’autre
part il a un caractère transcendantal car c’est aussi le sujet pur de toute
connaissance, qui atteint non pas le moi subjectif de la conscience mais la
pensée ;
La fonction du cogito est double chez Descartes, d’une part il est un type de vérité : une idée claire et distincte de toute autre ; une vérité que je percevrai avec la même évidence pourra être considérée comme vraie ; d’autre part il est la certitude de mon existence en tant qu’être pensant, autrement dit c’est ma connaissance en tant qu’âme, et non en tant que corps ; l’âme de ce fait est plus aisée à connaître que le corps ;
Remarque : Descartes se trouve à l’opposé des
philosophes antique qui ne concevaient guère qu’une certitude qui porterait sur
le réel entier ; au contraire la
certitude du cogito ne porte que sur une portion extrêmement limité du
réel ;
Les idées : si je me détourne de tous
les sens et chasse de mon imagination les images des choses corporelles, ma
pensée n’est pas vide pour autant, elle a pour objet des idées qui ont
une réalité psychologique en tant qu’objets de ma pensée, et aussi une réalité
objective en tant qu’on leur donne une valeur représentative ;
Les idées en tant que réalité psychologiques sont innées
en tant que disposition de l’entendement à les penser ; pour Descartes ce
sont de vraies et immuables natures, des essences ; elles
constituent le point de départ de toute pensée, et le problème de leur
existence en dehors de ma pensée ne se pose pas, car même s’il n’existait aucun
triangle, l’idée de triangle subsisterait ; parmi ces idées doit exister
une hiérarchie causale, la cause d’une idée devant avoir autant sinon plus de
réalité objective que celle-ci ; ce principe de causalité sert de
fondement aux preuves cartésiennes de l’existence de Dieu ;
Les preuves de l’existence de Dieu : pour fonder sa science Descartes fait appel à un principe qui
dépasse le cogito en réalité et en perfection, et qu’il nomme Dieu ;
1- de toutes les idées qui résident en moi il en est
dont je puis être la cause, car je possède au moins autant de réalité objective
qu’elles ; toutefois j’ai en moi l’idée d’un être parfait, dont je ne puis
être la cause en tant qu’être imparfait (preuve en est que je doute), or le
parfait, l’infini ne peuvent être crées par l’imparfait, le fini, ceci en vertu
du principe de causalité appliqué aux idées ; il faut donc à cet idée une
cause qui la dépasse : Dieu ;
2- si j’étais mon propre créateur, je me serais donné
toutes les perfections, or je suis imparfait ; d’autre part je ne trouve
en moi aucune raison propre à déterminer, à un instant donné, mon existence
dans les instants suivants : la conservation de mon être est donc une
création continue et j’appelle Dieu sa cause
3-j’ai en moi l’idée d’un être parfait, possédant
toutes les perfections, or l’existence est une perfection ; donc cet être,
que j’appelle Dieu, possède l’existence ; (voir le vieux problème
aristotélicien de l’essence et de l’existence) ;
dans la métaphysique cartésienne Dieu va devenir le
garant de la pensée juste ;
Le vrai et le faux : le doute m’a amené au
cogito et le cogito à Dieu ; dans le cogito se trouve le modèle de l’idée
vraie : celle qui est claire et distincte ; ce qui est vrai est donc
ce qui est conforme à la raison (rationalisme), et la garantie de cette raison
est Dieu qui la met à l’abri de toute tromperie pour peu qu’elle s’exerce
bien ; l’idéal du savoir sont les mathématiques, qui partent d’un petit
nombres de notions qui sont de vraies et immuables natures et qui font de ce
fait partie de la structure innée de l’entendement humain, et les
enchaînent entre elles en respectant les principes fondamentaux de la raison ;
Le dualisme cartésien : Dieu, déjà fondement de la raison, est aussi le garant de
l’existence du monde extérieur, car on ne saurait l’accuser de tromperie, donc
notre forte inclination à penser que les choses que nos sens nous révèlent
existent est vraie, bien que les choses doivent être différentes des sensations
que nous en avons, et que de toute façon nous devons tacher principalement de
les connaître par l’entendement et non seulement par l’expérience
sensible ;
Il n’existe pour
Descartes que deux ordres de réalité (dualisme) :
1-L’esprit, c’est à dire la substance pensante res
cogitans, qui a pour attributs essentiels l’entendement et la
volonté
2-La matière, c’est à dire la substance étendue res
extensa, qui a pour attributs essentiels l’étendue et le mouvement
Ce par quoi une substance est intelligible est un
attribut de cette substance ; à partir de ceux-ci je peut penser des
déterminations générales de la substance appelées modes (e.g. la figure est un mode de l’étendue) ;
les fait particuliers (une idée, un événement de la matière) sont les accidents
de la substance ;
Descartes résout le problème de l’adéquation de la
chose et de l’entendement en postulant qu’à tout phénomène matériel correspond
un mode de l’esprit (e.g. une équation mathématiques) ;
La morale cartésienne : Descartes s’est assez peu
préoccupé d’éthique ; il s’agit chez lui d’une morale par provision ;
elle est traditionnelle, à l’antique : ne pas choquer par ses mœurs,
rester constant dans ses actions, changer ses désirs plutôt que l’ordre du
monde, etc.
Spinoza est né dans une famille de juifs
hollandais ; ayant reçu une éducation strictement hébraïque il se
destinait aux fonctions de Rabbin, mais fut excommunié par sa communauté ;
influencé par Descartes, il écrivit ses œuvres selon la méthode des géomètres, ordine
geometrico ; l’ensemble de sa philosophie est exposée dans l’éthique,
son œuvre maîtresse ;
La substance : Pour Spinoza la substance est l’unité fondamentale saisie directement par l’entendement ; une substance est ce qui est en soi et conçu par soi et dont le concept n’a besoin de